Dans son jeu, le grand artiste rendait ravissamment cette sorte de trépidation émue, timide ou haletante, qui vient au coeur quand on se croit dans le voisinage des êtres surnaturels, en présence de ceux qu’on ne sait ni comment deviner, ni comment saisir, ni comment embrasser, ni comment enchanter. Il faisait toujours onduler la mélodie, comme un esquif porté sur le sein de la vague puissante; ou bien, il la faisait mouvoir indécise, comme une apparition aérienne, surgie à l’improviste en ce monde tangible et palpable. Dans ses écrits, il indiqua d’abord cette manière, qui donnait un cachet si particulier à sa virtuosité, par le mot de Tempo rubato : temps dérobé, entrecoupé, mesure souple, abrupte et languissante à la fois, vacillante comme la flamme sous le souffle qui l’agite,…
