Longtemps, on ne les a pas vus. Ils étaient là, en marge de nos villes, en marge de nos vies, à ruminer leur colère. Longtemps, les dirigeants, les « premiers de cordée » et les commentateurs les ont ignorés, les laissant sous les radars à se sentir «petits», oubliés des «grands». Peutêtre n’avions-nous pas envie de les écouter, avec leurs rancœurs encombrantes qui visent, outre les politiques et les élites, l’autre, l’étranger, ou l’immigré, celui, jugentils, à qui l’on donne tout alors qu’eux n’ont droit à rien. Mais peu à peu, ils se sont fait entendre. Dans les urnes, évidemment; sur les ronds-points, surtout, où certains ont revêtu un gilet jaune; dans les romans qui séduisent désormais la critique, comme Leurs enfants après eux, le dernier Goncourt, de Nicolas Mathieu.…