Je dis « Leonardo Cremonini » et surgit dans mon souvenir, ce doit être en 1978 ou 1979, une fine silhouette, jeune mais curieusement voûtée, en arrêt devant un étal de poissons, lui-même semblable à une gravure, du petit port de Panarea, en Italie, où il a ses habitudes.
Cremonini, en ce temps-là, était déjà un peintre consacré, élève de Morandi et ami des écrivains qui, comme Alberto Moravia, Umberto Eco, Italo Calvino ou Maria-Antonietta Macciocchi, avaient fait de Panarea, eux aussi, une sorte de base arrière, de thébaïde en mouvement, de lieu où soufflait l’esprit mêlé de la littérature, de l’art, de la philosophie, de la politique.
Il était, dans sa vie profane, quand il n’était pas à l’arrêt devant l’une de ses natures vivantes ou mortes, quand il…