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« La France me fait peur. Les gens rient, s’amusent, ne comprennent pas et, s’ils comprennent, ils s’en fichent. » C’est ce que disait Georges Clemenceau, qui s’inquiétait, dans les années 1930, de l’insouciante légèreté des Français qui ne se sentaient pas concernés par la montée du nazisme. Même si notre pays comptait déjà quelques Cassandre et prophètes de malheur, il se garda bien de les écouter et vaqua à ses occupations en chantant, au petit bonheur des jours, jusqu’à la catastrophe de 1940. Ne sommes-nous pas revenus dans les années 1930 quand les soi-disant « élites » pensaient cul par-dessus tête et que la moindre propagande venue passait pour une vérité révélée ? Aujourd’hui, les dents du nationalisme sont en train de repousser pendant que la démocratie perd ses…
Entre deux réunions sur les gilets jaunes et les mille activités de son agenda, le président de la République gagnerait peut-être – s’il ne l’a pas déjà fait – à feuilleter le livre dont on parle beaucoup actuellement dans la Silicon Valley, « Blitzscaling », publié par le fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, avec l’entrepreneur et écrivain Chris Yeh (1). Blitzscaling ? Traduction approximative : changement d’échelle éclair. Hoffman et Yeh expliquent pourquoi les gagnants, dans le domaine des technologies, doivent grossir vite, très vite, pour occuper le terrain et ne pas être dépassés par leurs concurrents. Cela, on le savait. Mais ils poussent le raisonnement un cran plus loin, ajoutant qu’il ne faut pas avoir peur de « privilégier la vitesse sur l’efficacité ». S’affranchir, donc, de la sagesse…
Jelis Chardonne dans l’avion, comme Mitterrand, mais Attali n’est pas assis derrière moi. C’est le tome 2 de l’édition sur vélin du Marais des œuvres complètes de l’auteur chez Albin Michel. Celles-ci me furent offertes par Francis Esménard et Richard Ducousset en 1985 comme cadeau de bienvenue dans leur maison. « Le chant du bienheureux » (1927) et « Les Varais » (1929) sont des romans de Mauriac aux fenêtres ouvertes. Du coup, on respire. Dans « Eva ou le journal interrompu » (1930), trouvé à la librairie de livres anciens Le Brouillon de culture, cette phrase debordo-rimbaldienne du romancier arrêté, puis relâché à la Libération : « L’homme est dé chu quand il ne sait plus goûter le loisir. » J’aime Jacques Chardonne. Ce n’est pas le plus grand…
Entre l’amitié et l’amour, il n’y a qu’un lit de différence, dit-on. A l’amitié franco-allemande Emmanuel Macron vient de substituer un sentiment plus passionné. « La France vous aime », a lancé le président de la République, paraphrasant Charles Péguy, le 18 novembre, aux députés du Bundestag à Berlin. L’amour, chacun le sait, peut déplacer des montagnes. Emmanuel Macron et Angela Merkel auraient grand besoin, en ce moment, de l’aide du Cupidon ailé, tant la tâche qui leur échoit est titanesque pour préserver les valeurs des Lumières dans un monde où s’étend l’ombre du tribalisme identitaire. Le duo franco-allemand est investi de la responsabilité, a souligné le chef de l’Etat, de « ne pas laisser le monde glisser dans le chaos ». Celui-ci commence à nos portes, quand il ne…
Le 6 novembre, Emmanuel Macron déclarait qu’« on ne proté gera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une véritable ar mée européenne », n’hésitant pas à ranger les Etats-Unis parmi les menaces pesant sur le continent, ce qui provoqua une rafale de tweets vengeurs de Donald Trump. Le 13 novembre, devant le Parlement européen, Angela Merkel reprenait à son compte la proposition tout en la nuançant, plaidant pour « une vision nous permettant de parvenir un jour à une véritable armée eu ropéenne ». La résurrection de l’idée d’une armée européenne, enterrée en 1954 avec la Communauté européenne de défense (voir p. 140), témoigne de la prise de conscience des dirigeants, mais surtout des citoyens, que la sécurité du continent redevient une priorité. Et ce à juste…
« Est-il éthique de choisir la couleur des yeux de votre bébé ? » titrait en octobre un article du Wall Street Journal. La question mérite d’autant plus d’être posée qu’aux Etats-Unis ce choix est désormais offert aux futurs parents ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) pour concevoir un enfant. Il suffit pour s’en convaincre de visiter le site Web des Fertility Institutes. Le Dr Jeffrey Steinberg, fondateur de ces instituts, y explique que la sélection génétique des embryons issus d’une FIV offre, en option, la possibilité de choisir la couleur des yeux. A condition, bien sûr, que les géniteurs disposent dans leur génome des packs de gènes ad hoc, ce qui peut être vérifié par des tests génétiques. Afin de lancer le marché, le site des Fertility…