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Il faut être inculte ou stupide pour ranger les livres parmi les choses inanimées. Ce sont presque tous des personnages vivants qui débattent entre eux, parfois jusqu’à la cacophonie. L’auteur de ces lignes en a encore eu la preuve, vendredi dernier, quand il a trouvé dans sa boîte à lettres « en même temps », comme dirait le président, deux livres qui se répondent l’un à l’autre: Macron, pourquoi tant de haine? de Nicolas Domenach et Maurice Szafran (Albin Michel), et Le Vrai État de la France, d’Agnès Verdier-Molinié (L’Observatoire). Imaginez une explication de gravure entre un albatros qui, dans son ciel, pose une question et un char d’assaut qui, dans la gadoue, y répond: l’essai de Domenach et Szafran est enlevé et romanesque, tandis que l’ouvrage de Verdier-Molinié, terre…
Il est assez paradoxal qu’un sportif connu pour son mental d’acier devienne un symbole de l’art de perdre. C’est pourtant l’exploit réussi par Novak Djokovic, qui, dupé par son vaccinoscepticisme et par l’idée qu’il se fait visiblement de lui-même, a finalement été expulsé d’Australie, où la justice n’a pas été impressionnée par son jeu de jambes. Il ne pourra donc participer à la première levée du grand chelem et tenter de dépasser Rafael Nadal et Roger Federer, détenteurs comme lui de 20 victoires en tournois majeurs. Une histoire idiote, débile, même, et pourtant vraie. Mais qui sommes-nous pour juger? Cette orgueilleuse conviction selon laquelle les règles ne s’appliquent qu’aux autres ne se limite pas au sport. À cet égard, la France cultive depuis longtemps une forme de djokovisme, considérant que…
Au mois de décembre dernier, j’ai acheté, à la boutique du Slip français de la rue des Abbesses (Paris 18e), un lot de cinq slips dont je reste, un mois plus tard, fort content. J’ai toutefois commis une erreur: je n’ai pas eu le coeur de refuser de donner mon adresse mail à une vendeuse qui, avec un masque persuasif et un regard doux au-dessus, me le demandait. Le 15 décembre, j’ai reçu mon premier courrier du Slip français, qui m’annonçait la bonne nouvelle: « Deux produits achetés, le troisième offert. » Le 18 décembre, la marque revenait à la charge. On me promettait, cette fois-ci, « 1 000 € de cadeaux à gagner en boutique », tout en poursuivant une rigoureuse campagne de promotion. Dans la catégorie « petits…
En 1982, un professeur agacé signalait au père de Boris Johnson l’insolence éhontée de son fils scolarisé à Eton, l’un de ces établissements ultrachics où l’on forme les rejetons de la haute société anglaise. « Il semble vraiment croire, déplorait le maître dans une lettre, que nous sommes mesquins de ne pas le traiter comme un être exceptionnel qui devrait être exempté de toutes les obligations communes. » Boris Johnson n’a cessé de se jouer des convenances. Journaliste, il inventait des histoires. Devenu politicien, son indifférence aux usages, son sens de la provocation et sa vulgarité ont marqué son comportement. L’accession au poste de Premier ministre n’a en rien modifié son attitude. Il a berné son peuple et menti à la reine ; il a renié le traité qu’il avait…
L’ancien président de la Réserve fédérale américaine William McChesney Martin, qui se qualifiait lui-même de « puritain joyeux », disait que le rôle du banquier central consistait à « enlever le bol de punch juste au moment où la fête commence à s’animer ». En clair, à relever les taux d’intérêt et à augmenter le coût du crédit suffisamment tôt pour éviter une surchauffe de l’économie et empêcher les dérapages inflationnistes. L’actuel patron de la Fed, Jerome Powell, n’a pas suivi le conseil de son prédécesseur. Il a continué à servir de l’alcool à profusion à des acteurs économiques déjà un peu éméchés. Résultat, les prix à la consommation ont augmenté de 7 % aux États-Unis en 2021, une hausse jamais vue depuis quarante ans. Il est pour le moins…
L’année 2021 fut celle du miracle de l’Italie, qui a abandonné son statut d’homme malade de l’Europe pour en devenir la locomotive. L’épidémie de Covid, avec plus de 140 000 morts, a frappé un pays exsangue et paralysé: d’un côté, l’enchaînement de la crise de la dette souveraine de 2011, les vagues de migrants, une récession historique de 8,9 % en 2020 ; de l’autre, une démocratie impuissante, prise sous le feu croisé des populistes du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue. En un an, le retournement est complet. Sur le plan sanitaire, 76 % des Italiens ont été complètement vaccinés. La croissance a bondi à 6,5 % et devrait s’établir à 4,8 % en 2022. L’investissement s’est envolé de 16,3 % et les exportations ont progressé de 15,1…