Lorsque Belle du Seigneur paraît en mai 1968, les têtes sont plus à la révolution qu’aux romans d’amour, surtout quand le livre en question est en fait un véritable « pamphlet contre la passion », un « anti-Anna Karénine », selon les mots mêmes de l’auteur1 . Malgré son caractère intempestif, ce volumineux roman polyphonique, lyrique sinon romantique, baroque, loufoque parfois, acide et tragique, ne tarde pas à être salué comme un chef-d’œuvre plaçant, pour les plus enthousiastes, Albert Cohen au firmament de la littérature. Une gloire tardive, car l’auteur, bientôt auréolé du Grand Prix de l’Académie française, était alors âgé de 73 ans. Brouillant les pistes, très discret sinon secret sur les liens aussi évidents que difficiles à démêler entre sa vie et son œuvre, Albert Cohen se présentait…
