Mon surnom était Moby Dick, la terrible et hargneuse baleine. Je le devais à l’imagination sarcastique de mon frère, adepte de la musculation et champion de boxe en catégorie poids plume.
Parlons-en justement du poids et plus particulièrement du mien, un sujet de discorde, de disputes intempestives à l’heure des repas, quand, m’écroulant sur ma chaise, je tendais sans remords mon assiette pour être servie. Tous les regards convergeaient dans ma direction. Ils soupesaient, sans pitié, mes bourrelets, s’attardaient, indignés, sur le double menton qui menaçait et se scandalisaient de la rondeur de mes joues.
Bref, ma mère, invariablement, tentait sans succès de me condamner à la diète, à la feuille de salade sans sauce et au jambon soigneusement dégraissé. Je me révoltais et les traitais de tortionnaires, claironnant d’un…
