Charlotte n’aurait jamais imaginé qu’elle reprendrait l’épicerie familiale. C’était là, dans cette petite échoppe encombrée d’articles de quincaillerie, de confitures multicolores, de conserves sagement alignées sur les rayonnages qu’elle avait vécu les plus belles pages de son enfance. Sitôt qu’elle passait le pas de la porte, son père la prenait dans ses bras et la faisait tourbillonner dans son petit magasin – la seule épicerie du village. Là-bas, passait des mercredis après-midi délicieux, dans la chaleur de l’arrière-boutique, à lire des romans d’amour ou à jouer aux billes avec Sophie, sa meilleure amie de l’époque. – Tu lis trop, tu vas te bousiller le cerveau, souriait son père en lui tendant un réglisse, sa friandise préférée, dont elle descendait tous les stocks. Non, Charlotte n’aurait jamais imaginé qu’un jour, elle…
