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Sommes-nous entrés dans un monde où il vaut mieux être musulman que chrétien ou bouddhiste ? C’est la question qui vient à l’esprit quand on compare l’émotion justifiée de l’opinion mondiale devant la tragédie des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie, et son indifférence, voire son cynisme, devant les crimes perpétrés chaque jour contre les chrétiens en terre d’islam. Deux poids, deux mesures. Soutenus par l’Onu qui, en l’espèce, joue son rôle, les Rohingyas font les gros titres des médias tandis que les chrétiens d’Orient n’ont droit, les bons jours, qu’à des entrefilets en bas de page : notre monde hémiplégique ne voit apparemment que d’un oeil, son indignation est sélective. Commencée depuis longtemps, l’éradication de toute présence chrétienne en Orient semble actée par les plus hautes autorités internationales. Le pape…
Il est osé, le plan d’Emmanuel Macron sur l’Europe. Par son ton et par ses symboles, par exemple sur la force d’intervention armée commune, l’élection au Parlement de Strasbourg pour partie sur des listes transnationales ou la proposition de faire apprendre deux langues de l’Union à tous les étudiants d’ici à 2024. Il est encore plus engageant en ce qui concerne la zone euro, avec un budget spécifique et conséquent, et, à terme, un impôt unique sur les sociétés. Un discours de puissance face aux Etats-Unis et à la Chine. Une ambition en tout cas inédite dans le débat public, au moins depuis le débat sur la Constitution européenne, en 2005. Le problème – et il est de taille – réside dans la circonstance. Ainsi les Allemands ont-ils reconduit Angela…
La galerie Antoine Villeneuve (25, rue de Beaune, Paris 7e) expose, jusqu’au 7 octobre, les oeuvres de Claude Verdier (1932-1997). Une trentaine de peintures et de dessins nous ouvrent ou plutôt nous ferment le monde rural. C’est une nature sans ciel et sans espoir qu’à 27 ans le peintre, né à Goudargues, où il a désormais sa plaque, s’est empressé de quitter en 2 CV pour s’installer sous les toits de la capitale avec son jeune ami Christian Giudicelli, aujourd’hui commissaire de l’exposition. C’est pourtant vers ces herbes sombres, ces arbres tordus, ces buissons malades que Verdier reviendra sans cesse jusqu’à sa mort, comme s’il restait prisonnier des paysages de son enfance. Ce jour pareil à une nuit qui n’arrive pas à tomber. L’autre versant de l’oeuvre – voyages en…
Parmi les philosophes que les Français ont la chance et l’honneur de connaître, non vraiment qu’ils lisent leurs ouvrages, mais parce qu’ils les voient à la télévision ou les entendent à la radio, on trouve des grincheux en pagaille, des révoltés à foison, des pessimistes par tombereaux, des Cassandre en veux-tu en voilà. Qui, avec des mines graves en harmonie avec la noirceur de leurs propos, affirment sans relâche, et surtout sans nuances, que le monde occidental court à sa perte, que notre système économique est une folie abjecte qui détruit la planète et les âmes, que la société de consommation, en privilégiant l’avoir sur l’être, représente le mal absolu. Sans être, tant s’en faut, un philosophe de la mondialisation heureuse et béate, Michel Serres a choisi de pousser un…
A l’âge du capitalisme universel, l’industrie est moins que jamais une relique du passé. Elle continue à jouer un rôle prédominant dans la recherche, l’exportation, l’emploi à haute valeur ajoutée et les gains de productivité qui permettent de concilier compétitivité et solidarité. Elle s’est révélée décisive dans le décollage de la Chine, la réinvention de l’économie sociale de marché allemande ou le redressement des Etats-Unis après le krach de 2008. Elle occupe une place centrale dans les nations les plus performantes, des pays scandinaves à Singapour, en passant par la Suisse, le Japon ou la Corée du Sud. De façon symétrique, l’effondrement de l’industrie fut l’un des plus puissants moteurs du déclin économique et social de la France. A la mi-2017, la production industrielle reste à son niveau de 1996,…
Il y a plusieurs familles d’eurosceptiques : les souverainistes rejettent tout transfert de souveraineté ; les antilibéraux voient dans l’Union européenne l’instrument du complot capitaliste ; les pragmatiques goûtent peu ce qu’ils perçoivent comme une machine technocratique. La critique la plus subtile vient de ceux qui s’inquiètent de la volonté de construire une unité factice entre des peuples dont les cultures sont différentes. Cette dernière hypothèse, fort plausible, vient cependant d’être mise à mal par un article publié dans la revue Brookings Papers on Economic Activity, « Is Europe an Optimal Political Area ? ». Alberto Alesina, Guido Tabellini et Francesco Trebbi, s’appuyant sur les données des European Values Surveys, ont étudié l’évolution des valeurs dans les pays européens entre 1980 et 2008 pour comprendre comment l’intégration les avait influencées…