Pendant une heure de route, la mer était à ma gauche, derrière des arbres, des collines. Vaste, en contrepoids fabuleux à la terre, pesante, transportée, arrivant de toutes parts. On y devine un rythme, même de loin, une poitrine sombre. Puis j’ai compris que la mer était depuis toujours « à ma gauche », dans le versant voilé de mes croyances, un peu en arrière-plan du ciel, présente mais ignorée sciemment par mes certitudes, le livre sacré, les dogmes et rites. Enfant, je m’en suis approché donc avec méfiance, d’abord le coeur emballé, puis déçu par le crissement du sable, la première fois. Comment tant d’infini peut-il se résorber si négligemment ? Y nager suppose un déchaussement désordonné, comme pour la prière, mais le cinglant du sel désenchante, parce que…
