Le retour de la vie a été violent, exubérant, multiple dans son expression. C’est presque un corps-à-corps réussi : d’un côté, le corps de Bouteflika, immobile, incarnation d’une génération qui ne veut pas mourir, n’accepte pas la transition, la transmission filiale, de l’autre, le corps du manifestant: joyeux, riant, chantant, féminin, masculin. Ce jour-là, en marchant dans les rues avec les centaines de milliers d’Oranais, ce fut ma première idée : le retour du corps. Depuis vingt ans, le corps algérien est malheureux, difficile à vivre, étroit, surveillé, contrit. Il n’a possibilité d’expression que dans la génuflexion de la prière, le foot. Dès qu’ils embarquaient dans une chaloupe à destination de l’Espagne, dans le flux ininterrompu de l’immigration clandestine, la Harga, les Algériens se mettaient à chanter, à rire, à…
