Il y a ceux qui écrivent avec leur sang.
J’ai vécu – et écrit – en vendant le mien.
C’était en 1969, au Mexique, où j’étais parti sur les traces d’Antonin Artaud, mon maître à vivre et penser d’alors, qui était lui-même venu, trente-trois ans plus tôt, à la rencontre des Tarahumaras, ces très anciens Indiens, héritiers d’une culture mystérieuse et terrible, qui lui semblaient dépositaires d’une expérience de l’Absolu partout ailleurs oubliée. Et, comme nous n’avions, avec ma compagne, Isabelle, pas un sou et que les hôpitaux mexicains achetaient le sang des « gringos » un peso le gramme, maximum 500 grammes, nous allions d’un Etat à l’autre en monnayant, chaque fois, la nouvelle poche de 500 grammes qui permettait de tenir jusqu’à la frontière suivante: Michoacan, Zacatecas, Durango,…