D’abord, l’image. Celle de petits corps, horriblement alignés, qui échouent sur les côtes grecques, italiennes ou parfois turques. Celle des cadavres noyés, accrochés à de pauvres bouées, de ceux que les navires-ambulances sont arrivés trop tard pour secourir. Ou, pour les rescapés, pour les chanceux qui n’ont pas été engloutis dans cette gigantesque fosse commune qu’est devenue, comme le dit Roberto Saviano dans Libération de ce lundi 3 mai, la Méditerranée, l’image de ces parcs de la honte, de ces prisons à ciel ouvert, de ces cloaques, que sont, au seuil de la patrie d’Homère, de Dante et de Victor Hugo, les camps de réfugiés. Entre bien d’autres, le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, où j’ai fait, l’an dernier, au plus fort de la crise sanitaire, deux séjours.…