C’était, selon l’expression consacrée, un « homme-époque ». De ceux qui touchent à tout. Qui embellissent, se moquent, inventent, bousculent l’avenir, laissent une trace joyeuse et mélancolique. Le merveilleux Guillaume de Kostrowitzky (1880-1918), alias Guillaume Apollinaire, polono-italien de naissance, devenu français par le droit du sang versé, fut le symbole définitif de cette race-là. À chaque seconde de sa vie trop brève, il s’amusa à être poète, héros, pornographe, critique d’art, libertin, génie absolu, avant de mourir de la grippe espagnole dans son pigeonnier parisien tandis que la foule, sous ses fenêtres, hurlait « À mort Guillaume ! » (Il s’agissait de l’empereur d’Allemagne). Pourquoi n’a-t-on pas songé à lui pour le Panthéon – puisqu’il aurait avantageusement remplacé Maurice Genevoix, son très académique camarade de tranchée ? En tout cas,…
