«Je vous ai inventées sur les sentiers du songe », écrit la romancière haïtienne Yanick Lahens (Prix Femina 2014 pour Bain de lune) au seuil du roman qu’elle dédie à son aïeule Régina et à sa bisaïeule Élizabeth, les deux narratrices successives de Passagères de nuit, deux femmes extraordinairement libres, dont, à partir de bribes, l’écrivaine a imaginé les destins. Élizabeth, mulâtresse, est née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, ce « creuset » où se mélangent alors « les familles créoles aristocratiques, les réfugiés de Saint-Domingue, les esclaves, les affranchis, les Amérindiens et les Américains arrivés du Nord »… Dans « la langue que nous parlions », dit la narratrice, créole, français, anglais, les générations de femmes conversent : Élizabeth écoute sa grand-mère Florette, « négresse d’ébène pur », raconter…
