Un jour, on arrache aux statuettes de Durga tous leurs bijoux, leurs ornements, puis des hommes courent pour aller les jeter dans le fleuve, où elles se dissolvent, leurs visages flottant un moment encore à la surface avant de disparaître dans une apothéose de beauté et de destruction. C’est le dernier jour des fêtes pendant lesquelles la déesse a été parée, adorée.
Nous sommes à Calcutta, capitale du Bengale-Occidental, ancienne capitale de la Compagnie des Indes orientales, puis du Raj britannique jusqu’en 1912. Née anglaise et marchande au xviie siècle, elle fut complexe, étonnante, à rebours des clichés, berceau de tant d’idées et de combats. Ses multitudes levées aux aurores, curieuses et amicales, sont les enfants de Kâli, leur déesse mère au noir visage, au collier de crânes, qui tire…
