C’est le black-out, un trou noir, souvenirs envolés, sensations atrophiées. Douze jours de réanimation ont laminé le corps et l’esprit. «Je ne me rappelle plus rien», souffle Jean-Claude Dib. La voix, privée d’une corde vocale esquintée par l’intubation, est réduite au murmure; les infirmières, qui l’ont si souvent entendu rouspéter, le charrient tendrement. « Dibounet », l’appellentelles, heureuses de le retrouver. Elles lui envoient des baisers de loin. Il sourit. C’est sa façon de dire merci, un masque aussi pour cacher le cataclysme intérieur. Un virus échappé de Wuhan a bouleversé sa vie. Le voilà de l’autre côté du miroir, alité dans la clinique Ambroise-Paré de Neuilly-sur-Seine, où il exerce en tant que cardiologue depuis plus de vingt ans. Lui, le cador de 1,85 mètre jamais malade, devenu, à 56…