Sur scène, deux oreilles, deux mondes. Assis de côté, le pianiste dévoile uniquement son oreille droite. Offerte aux projecteurs tout en jaugeant le public, elle guette chaque bruit de la salle et le retour du son.
Invisible – excepté aux saluts – l’oreille gauche préserve le mystère. À elle le secret, l’obscurité, la face cachée de l’interprète. Elle travaille pourtant, en sous-main, capte l’acoustique par la réverbération du fond de scène, s’occupe discrètement des basses.
Les oreilles des pianistes, quelle histoire! Sergueï Rachmaninov, Arthur Rubinstein, Claudio Arrau, Vladimir Horowitz, tant de pianistes aux larges pavillons. Signe d’audition surdéveloppée, tel le nez proéminent d’un grand sommelier? Non, sa taille n’influe pas sur l’ouïe. Son basculement vers l’avant, dans le cas d’oreilles décollées, peut néanmoins améliorer la réception du son, faire gagner…
