Un immense malentendu affecte le silence: sous prétexte qu’il est ce que l’on n’entend pas, on l’entend mal. Nous n’y prêtons pas l’oreille et le négligeons. En le définissant négativement comme un rien, une simple absence de bruits, nous le pensons unique, compact, uniforme.
Or, il n’existe pas un silence, mais des silences. Ils se révèlent aussi divers et variés que les sons. Je n’évoque pas ici leur quantité - soupir, demi-soupir, quart de soupir - dont les traités de solfège se sont bien occupé, mais de leur qualité. Je voudrais leur rendre hommage en les énumérant brièvement.
Le silence d'avant. Les musiciens se sont installés, prêts à jouer, leur corps ramassé; de notre côté, les jambes allongées, nous tendons nos oreilles. Le silence se creuse, tel un félin qui…