Le Point : On a l’impression, en lisant cette « République des Lettres » (1), que vous avez eu envie, tout au long de votre existence, de rendre un hommage nostalgique à des formes de civilité, d’humanisme, de culture, qui, à l’évidence, agonisent largement sous nos yeux…
Marc Fumaroli : On pourrait revisiter cette ancienne « République des Lettres » sous l’angle de la nostalgie, pourquoi pas ? Tel n’a pas été pourtant, dès le départ, mon principal objet. Sitôt que j’ai rencontré son fondateur, Pétrarque, et les premiers citoyens de cette République invisible, les lettrés florentins du XVe siècle, je me suis convaincu qu’ils représentaient la première étape du processus progressif, propre à l’Occident latin, de ce que nous appelons sécularisation ou laïcité, c’est-à-dire la fin du monopole clérical…