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Il est déjà là, dans nos mémoires et, disons- le, dans notre histoire. « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, écrivait Marc Bloch. Ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Ajoutons une troisième catégorie : ceux qui ne ressentent rien lors d’un concert de Johnny Hallyday. Qui peut rester insensible quand la foule hurle « Toute la musique que j’aime » ? Intimement mêlé à six décennies françaises, le rockeur aux racines belges est un hymne et un drapeau à lui tout seul. Mais le symbole unificateur n’est pas tout. Pour l’historien Jean-François Sirinelli, il était « une force volontaire, combative, défiant l’âge, le vieillissement…
Starissime Sur la scène du Palais des sports de Paris, le 15 novembre 1967. Devant 6 000 fans, lors de l’ultime rappel, le chanteur, déchaîné, revient en jean, blouson de cuir et gants noirs, après avoir changé plusieurs fois de tenue. En vraie bête de scène, il vient de fracasser sa guitare. Satisfaction Johnny et Sylvie, vers 1960. Un couple en maillot de bain, au bord d’une piscine, qui effeuille une marguerite. Il y en a eu des milliers comme ça pendant les glorieuses années 1960.…
C’est le seigneur de l’énergie. Son indestructibilité perpétuelle, Johnny allait la puiser dans sa permanente destruction. Quand on est Johnny, on ne meurt généralement pas. On chante, on gueule, on rit, on crie, on se tait, mais on ne meurt pas. « J’ai oublié de vivre », disait sa chanson. Johnny, surtout, oubliait souvent de mourir. Jusqu’aujourd’hui, où nous voyons que tous, nous avons quelque chose non pas de Tennessee, mais de lui. Quoi, sa gueule ? Une gueule magnifique, mélange de tigre et d’alligator. Une intelligence qui n’avait jamais besoin de se démontrer, ni même de se montrer. Une acuité dans l’oeil, des flèches effilées dans chaque regard. Une gentillesse indestructible. Une force d’acier bâtie sur toutes les faiblesses. Johnny était la cicatrice suprême, un grand brûlé capable de…
Un mythe s’est éteint. La France sans Johnny ne sera plus vraiment comme avant. Un demisiècle de scène, 200 tournées, 2 500 titres enregistrés… notre Jojo national était devenu le ciment du pays à travers les âges. Des blousons noirs de jadis, qui cassaient tout sur leur passage, à la gentillette « Star Ac’ »; de l’époque hippie aux rappeurs de banlieue; de la Fête de L’Huma aux salons dorés de la République; de Charles de Gaulle, qui suggère de « l’envoyer casser des cailloux sur les routes pour résorber son trop-plein d’énergie », à Bernadette Chirac et son célèbre « On ne touche pas à Johnny! »… trois générations de Français se sont reconnues dans les rêves et les frasques, les chansons tendres ou rageuses de ce « prince…
« Et quand enfin ce fut Johnny… Il avait rappliqué des garçons avec les cheveux en pluie sur le front, des filles sur leur trente et un, tout ça par terre dans les travées, le poing sous le menton, les coudes sur les genoux, l’oeil tendu. Sous la chape d’ombre et de sueur, dans la grande bagarre des guitares et des cuivres, le tapement des talons, l’oscillation des corps, une ville entière respire ou perd la respiration, scande des pieds, scande des mains frappées, comme si on avait entassé là-haut des virgules pour ponctuer chemin faisant le chant qui se déhanche, le saut à la corde de ce grand diable blond. (…) Un projecteur balaye tout à coup les hauteurs de l’Olympia, révélant les visages, les épaules penchées, les bonds…
La première fois que j’ai rencontré Johnny Hallyday, c’était, selon lui, dans une boîte de nuit de la rue Saint-Benoît, pratiquement face au Montana, au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Je crois bien qu’elle appartenait à un type nommé Casanova. C’est un peu loin, tout ça. Selon Johnny, on était en 1965 – moi, je ne m’en souviens pas. Il me dira plus tard : « J’avais repéré que tu portais des bottes western, des vraies, à talon biseauté, faites comme on n’a jamais su le faire en France. Je t’ai demandé d’où elles venaient, et tu m’as donné une adresse au Texas. C’était la même que moi. Je me suis dit : “Tiens, on va pouvoir s’entendre.” » Ma version est différente : Eddie Vartan, son beaufrère de l’époque, a écrit…